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du 30 septembre au 04 octobre et du 14 au 18 octobre
2002
compte rendu de Gilles Bruni
Kerguéhennec automne 2002,
D'abord le site. Arriver à Kerguéhennec
c'est prendre la mesure du parc. C'est saisir la chance
qui nous est offerte de pouvoir agir en un tel lieu.
Deux semaines pour l'arpenter. Va et vient quotidien
sur des lieux où nous commîmes avec les
élèves de nombreuses interventions éphémères
dans une ambiance chaleureuse. Avec l'aide précieuse
des enseignants accompagnant les élèves,
et tout particulièrement l'assistance de Stéphane
puis de Servane
Ensuite
le temps. Si d'emblée j'étais tenté
de vouloir comparer les deux semaines passées
avec les deux groupes de la classe d'initiation, il
a fallu se faire une raison, le contexte ayant changé,
chacun a dû s'adapter... A neuf jours d'intervalle
l'automne s'est installé, les météores
ont bouleversé le programme. Lorsque l'atelier
devient le site on apprend à se soumettre au
temps qu'il fait et par moments on doit prendre sur
soi. Mais les inquiétudes n'étaient pas
toujours du côté des élèves...
Leçons de pugnacité. Se coltiner le site,
accepter l'errance, le doute et enfin construire laborieusement,
voire avec opiniâtreté
Satisfactions
: la fierté peut-être de se dire qu'on
est allé au bout de son projet, et d'autant qu'il
en est sorti quelque chose : un ouvrage, un donné
à voir, un espace à fréquenter.
Espaces que nous ne voyions pas forcément d'emblée
ou que nous nous inventions
Une façon de
révéler des lieux et de chercher à
se concilier le monde, de tirer parti des choses qui
nous entourent.

Pour ne citer que quelques-uns de nos acteurs. Jonathan,
Anthony, Benoît, investirent un champ de maïs,
aimablement concédé par la chambre d'agriculture,
avec un plaisir indéniable à la découverte
matériologique
Les deux Anne choisirent
d'investir l'espace par le truchement de la photographie
ou de la vidéo, non sans quelque mal avec la
technique
Lozenz, Emilie ou Benoît élirent
domicile dans l'eau de la rivière, pataugeant
pour faire émerger des qualités sensibles
Odile Marie & Marie, Jonathan, Vincent, Ludmir entreprirent
l'espace forestier, pour l'intimité des espaces
couverts, le jeu de cabanes
Toute une variété
de propositions - constructives, matériologiques,
d'ambiance, de performance ou d'installation - comme
autant de questions sur nos façons de faire et
de donner à voir. L'expression d'indéniables
différences de motivation mais aussi un goût
du risque pour l'expérimentation. Une belle curiosité...
Chacun a su trouver des solutions, lumineuses pour certains,
laborieuses pour d'autres. Réalité aussi
d'un travail de groupe, entre recherche de complicité
et partage des tâches. L'entraide a souvent été
de mise pour finir
Accompagner.
Se donner la tache de suivre les élèves
dans leurs démarches. Le parc est grand
nos corps s'en souviennent
L'essentiel de la classe
d'initiation résidait dans l'effacement des accompagnants
au profit de ceux qui était en situation de création
? Là notre rôle de soutien, de conseil,
de permettre à chacun de progresser dans le temps
imparti. Un plaisir réside alors dans l'appréciation
d'un parcours individuel, l'évolution entre un
premier contact avec le site, les hésitations
dans la conduite du projet et le moment de la présentation.
Se mesure alors le chemin parcouru et non pas l'excellence
d'un résultat, mais cette histoire intime où
l'être se cherche, où l'individu se construit
autant dans les errements que dans les réussites.
Ici on apprend à être : oser agir, prendre
conscience de sa créativité propre, s'éprouver
: un acte de liberté.
Le but n'était-il pas finalement d'apprendre
à trouver son chemin, d'apprendre à voir,
à faire, à montrer ?
Voilà quelques éléments d'une expérience
dont on ne peut que saluer la volonté et l'enthousiasme
d'une équipe qui a su offrir aux élèves
la possibilité de s'exprimer autrement, d'inventer
un monde en marge de leurs habitudes. Aux élèves
d'avoir accepté de se prêter à cet
exercice parfois douloureux, l'adoption d'une posture
créative qui travaille intimement l'être.
Merci à Véronique, à Germaine,
à Benoît, à Gérard-le-jardinier
et à tous ceux qui nous ont aidés de près
ou de loin dans cette aventure.
Fin du contrat pour tout le monde.

Gilles Bruni travaille souvent avec Marc Babarit (B/B).
Il vit à Nantes et exerce son art en France comme
à l'étranger : Allemagne, USA, Canada,
Danemark, Italie, Autriche
dans des espaces de
" peu ", souvent délaissés ou
oubliés, fragments de nature, de campagne plutôt,
souvent proches et familiers. Travailler in situ, pour
lui, c'est réagir au lieu, l'activer ou le réactiver
en s'appuyant sur les données du site, interprétation
du lieu et du milieu, d'une histoire : que ce soit pour
s'adapter ou pour en modifier l'image, l'usage parfois,
avec un regard plus critique. Il a suivi des études
universitaires d'Arts Plastiques à Rennes 2 jusqu'en
1997, année de son doctorat. Il a été
chargé de cours à l'université
de Rennes 2 de 1992 à 1999. En 2000, un livre
a paru sur leurs activités, B/B, Installations
Paysagères, avec un texte critique d'Anne Kerdraon.
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