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27.I
- 11.III.2001
Jacques Vieille sest longtemps intéressé
à larchitecture avant de se préoccuper
de jardins et aujourdhui de paysage. Pensionnaire
de la Villa Médicis pendant deux ans au
tout début de sa carrière, il trouve
à Rome le terrain idéal pour ses
explorations desthète et pour lapprofondissement
de ses premiers projets, déjà ancrés
dans une relation spécifique au site et
au bâti. Nous sommes en 1982-83. Progressivement
la réflexion de lartiste va sappliquer
plus précisément au point de rencontre
du décor et de la structure en architecture.
Un commentateur avisé, larchéologue
Christian Sapin, évoquera à cet
égard « la fascination préromantique
de lordre végétal comme genèse
de lordre gothique » ; mais le décor
peut alternativement senvisager comme principe
déterminant le parti architectural ou comme
simple étape de finition.
Certes, au début des années 80,
Vieille nest pas, en France, le seul à
sadonner à la pratique de linstallation
in situ, mais peu nombreux sont alors les artistes
à sintéresser, comme lui,
et dune manière aussi didactique,
à larchitecture et à son histoire
: déclinant par exemple toute une série
de colonnes présentées debout, couchées
à plat ou de biais (en appui sur un socle,
une marche descalier
) et souvent coiffées
de véritables corbeilles en guise de chapiteaux.
Après avoir introduit
des végétaux fortement connotés
dans ses constructions, bientôt Jacques
Vieille a multiplié les interventions en
extérieur. Lacanthe était
auparavant une réminiscence de larchitecture
antique ; le thuya, rappelait les banlieues pavillonnaires
; et le pommier ou le poirier firent plus récemment
écho au verger de Versailles et à
son jardinier Jean de La Quintinie. Depuis une
dizaine dannées, Vieille a donc choisi
de bifurquer de larchitecture vers le jardin
puis vers le paysage et son travail a pris une
orientation moins démonstrative, plus directe,
cédant plus volontiers à limpulsion
esthétique immédiate. Ainsi passe-t-il
beaucoup de temps en repérages puis en
récoltes dans les magasins de matériaux,
les unités de fabrication ou de conditionnement
de produits destinés à lagriculture
pour se laisser aller à utiliser, pour
leur couleur et leur plasticité, des outils
ou des objets techniques agencés en subtiles
compositions : toujours à laffût
dune forme inédite pour un réemploi
(un recyclage) inapproprié mais créant
un nouveau sens.
Et ainsi la démarche de Vieille peut-elle
aujourdhui sapparenter à une
forme dart concret aux champs.
 
Lexposition de Kerguéhennec clôt
un triptyque commencé au printemps 2000 au
centre dart de Vassivière et dont létape
intermédiaire fut inaugurée à
la mi-décembre au C.A.P.C., à Bordeaux,
sous le titre Ermitage. Les trois institutions se
sont unies pour la publication dun catalogue
qui documente ces trois interventions.
A Vassivière Jacques Vieille avait réalisé
une installation tirant parti des techniques de
la culture hors-sol. A Bordeaux, il avait effectué
une plongée archéologique dans son
propre travail en rapprochant deux types de construction
en un même édifice.

Lexposition de Kerguéhennec
se présente en deux parties. Lune
réunit dans la bergerie, aux volumes intimes,
un choix duvres existantes, de 1983
à 2000, ainsi quune première
pièce vidéo de lartiste. Lautre
partie présente dans le grand espace des
écuries deux installations créées
pour loccasion après que Jacques
Vieille se soit familiarisé avec le contexte
hautement spécifique du Domaine de Kerguéhennec
; puisque celui-ci réunit sur le même
site, outre le centre dart, centre culturel
de rencontre et son parc de sculptures, un atelier
de restauration de sculptures en bois polychrome
et une antenne de la Chambre dagriculture
du Morbihan constituée dun centre
de formation et dune ferme expérimentale.
Jacques Vieille a spontanément pris contact
avec nous au printemps dernier pour faire, après
plusieurs visites, une proposition dont découle
lexposition actuelle. Venu trois fois en
Bretagne au cours des derniers mois, lartiste
a retrouvé aux angles du château
le motif des pierres vermiculées quil
a plusieurs fois utilisées dans le passé,
il a aussi découvert dans le parc, qui
fait lobjet dune étude daménagement
paysager, un environnement historique familier.
Enfin il a tenu à visiter la ferme expérimentale
voisine et plusieurs unités locales de
lindustrie agroalimentaire pour étayer
son projet dintervention.
Deux nouvelles installations prennent
donc place dans les écuries.
La première consiste en un volume parallélépipédique
translucide denviron
15 × 3 × 0,50 m flottant dans lespace
à partir d1 m de hauteur et constitué
dun feuilleté dune dizaine
de couches de filets pare-grêle en maille
de plastique incolore.
Ce volume en lévitation sera visible de
lextérieur, par les grandes baies
vitrées, et de lintérieur
; le visiteur étant alors invité
à parcourir lespace soit debout,
sur les côtés, soit courbé
sous cette chape immatérielle suspendu
à 1 m au-dessus du sol.
La
deuxième installation est descriptive.
Elle se propose comme une représentation
métaphorique du paysage rural contemporain
en quatre éléments : un sol, de
très grands volumes débordant des
produits de la terre dispersés dans lespace
(et rappelant de massives colonnes), une ambiance
sonore et une ambiance olfactive. Pour le choix
du sol, Jacques Vieille est à la pointe
des recherches technologiques.
Il sagit dune fibre textile cannelée
remplie de matière caoutchouteuse qui vient
à peine dêtre mise au point
pour recouvrir les sols meubles et ainsi faciliter
le passage des animaux et des engins. Les grands
volumes sont dus à la complicité
du Domaine de Kerguéhennec et de la société
voisine Cécaliment, basée à
St-Allouestre. Ce sont de grands sacs «
à bretelles » renfermant chacun plusieurs
quintaux de luzerne préconditionnée
en petits cylindres.
Un produit naturel qui dégage une forte
odeur de foin coupé. Lambiance sonore
reproduira en plusieurs transistors branchés
sur les grandes ondes le fond musical produit
par les autoradios dont sont équipées
les cabines des tracteurs agricoles modernes.
catalogue
en coédition, Domaine de Kerguéhennec,
C.A.P.C., Bordeaux, Centre dart de Vassivière
; texte de René Denizot.
Les actions du centre dart contemporain,
centre culturel de rencontre sont subventionnées
par : le Conseil général du Morbihan,
le Conseil régional de Bretagne et le Ministère
de la culture, D.A.P., DRAC Bretagne.
Cette opération a été réalisée
avec la complicité de La Criée,
Centre dart, Rennes, de lEcole supérieure
des beaux-arts de Cornouaille, Quimper, et le
concours technique de la Chambre dagriculture
du Morbihan et des entreprises Point P Bretagne,
Locminé, Vélitex S.A., Versailles
et Cécaliment, Saint-Allouestre.
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