Expositions annulées

Lionel Estève

Guy de Cointet

3 juillet - 26 septembre 2010
vernissage le samedi 3 juillet à 15h

 



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Exposition annulée

Lionel Estève

La différence entre l’ombre et la lumière

Il y a une gaieté persistante dans les dessins, sculptures, mobiles, installations, photographies de Lionel Estève. Un éclat singulier aussi, que d’aucuns pourraient trouver suspect. Un air de nouveauté sans prétention. Un air d’enfance. Un air de vacances. Difficile de passer à côté tant ça brille. Et, parce que ça brille, difficile, pour tous ceux « à qui on ne la fait pas », de prendre au sérieux — tant pis pour eux ! — ses constructions impeccables qui tiennent à un fil, à un mouvement, à beaucoup d’astuce et à une inventivité plastique intarissable. Car il faut accepter de s’étonner qu’un mouvement produise une forme, qu’une couleur en cache une autre, qu’une bouteille renferme un trésor, qu’un corps devienne rétif à la gravitation universelle pour apprécier le monde de Lionel Estève. Il faut accepter que l’atelier d’artiste et la salle d’exposition se transforment en palais de la découverte, comme seuls savent s’émerveiller les enfants devant un jouet neuf, un escargot ou un emballage jeté au rebut. Il faut accepter de regarder chaque jour le monde aussi goulûment qu’à travers la vitrine d’un grand magasin à Noël. Andy Warhol, qui s’y connaissait en musées comme en grands magasins, n’hésita pas à les comparer. Or force est de constater que ces derniers s’inspirant d’abord des premiers, le mouvement inverse s’est largement accéléré aujourd’hui.

Estève prend à rebrousse-poil un certain nombre de nos automatismes en assumant gaieté, éclat, inventivité formelle, et en faisant rimer enfance avec vacances. Il met à mal une certaine idée de l’art devant laquelle nous nous inclinons avec une piété compassée et qui s’est imposée comme un dogme pour certains, qui s’abstiennent dès lors de regarder ailleurs. Estève n’a pas peur de la beauté, même quand elle frise le clinquant décoratif. Il nous apprend à désapprendre. Il inspire une confiance nécessaire dans le sens d’une histoire qui n’avance pas en ligne droite.

Il est sans importance de savoir si l’œuvre de Lionel Estève relève davantage de la sculpture ou du dessin, mais il est évident qu’elle les entremêle… que le dessin devient sculpture quand il est dynamique et que la sculpture ne peut s’imposer comme telle seulement lorsqu’elle échappe aux prescriptions du projet. Une multitude de matériaux et de couleurs entrent ainsi en circulation et se dérobent à la domestication.

L’exposition de Kerguéhennec, conçue pour le château et les écuries, croise œuvres existantes et création originale. Un paquet de nuages polyédriques en couleurs, créés pour l’occasion, traversera la très longue galerie des écuries sous un éclairage soumis à un tel balancement que le vaisseau solidement amarré dans la campagne morbihannaise donnera l’illusion de voguer dans la tempête.

« Mes œuvres, dit Lionel Estève, je les perçois comme mentales. J’espère qu’elles vivent de la même manière dans la tête du public. Je n’attends pas qu’il comprenne, mais que ça lui aère l’esprit. Prenons mes filets, parmi mes œuvres les plus scientifiques. Ce fut un réel casse-tête d’organiser une ligne qui ne repasse jamais deux fois par le même point. Cela est parti d’une question : comment fonctionne cet objet remarquable ? Sans croquis, comme un jeu d’échecs, je tente de comprendre. J’essaie un chemin ; bloqué, je recommence. Puis, à nouveau, bloqué. Ça devient obsédant. Pourtant, un filet, c’est bête comme tout, on en voit tout le temps. Passe un été. Je mets des ballons dans des filets, pour m’appuyer sur leur forme circulaire. Et, à Belle-Île, un monsieur me montre comment réparer des filets. Dès lors, j’ai les outils, je sais faire les nœuds. Et je commence à expérimenter des formes, grandes mailles, volumes, etc. »
Extrait d’un entretien entre Lionel Estève et Denis Gielen
(Musée des Arts Contemporains, Grand Hornu)

Lionel Estève n’est pas magicien, mais il soutient le pari d’émerveiller avec des recettes d’une inimaginable simplicité. Une extrême méticulosité est souvent requise, mais elle s’efface derrière cette tout apparente simplicité. L’inimaginable est sa spécialité. Et la différence entre l’ombre et la lumière n’est pas toujours aisée à distinguer.

Frédéric Paul.

Lionel Estève est né en 1967 à Lyon.
Il vit et travaille à Bruxelles, depuis plus de vingt ans.

Le Centre d'art contemporain/Centre culturel de rencontre du Domaine de Kerguéhennec lui consacre sa première exposition personnelle dans une institution française après sa participation à la série Migrateur, en 2003 au Musée d’art moderne de la ville de Paris.

Lionel Estève est représenté par les galeries :
- Baronian-Francey, Bruxelles
- Emmanuel Perrotin, Paris, Miami
- Bernier/Eliades, Athènes, Grèce

Biographie :
http://www.galerieperrotin.com/artiste_bio.php?menu=artists&&domaine=artists&&id=35&&nom_=Lio
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