24.III
- 17.VI.2001
Aernout Mik simpose aujourdhui,
à moins de quarante ans, comme un artiste majeur
de la scène artistique européenne. Il
a représenté les Pays-Bas à la
Biennale de Venise, en 1997, et a bénéficié
dune pré-rétrospective très
remarquée au Van AbbeMuseum dEindhoven
début 2000.
Son travail porte un regard teinté dhumour
sur le comportement humain placé dans des situations
insolites et souvent extrêmes. Plus connu pour
ses vidéos, il vient de linstallation et
de la performance, et son uvre en conserve les
caractéristiques et les contraintes particulières.
Dimension spatiale de sculpture dé-construite
attachée à linstallation. Dimension
dengagement physique limité en durée
de la performance. La vidéo na jamais ici
quune valeur documentaire. Mais sa mise en espace
nest pas exempte de soucis formels. Elle nest
pas lavatar mineur dun nouvel art majeur.
Elle ne rivalise pas avec le cinéma même
si elle se revendique comme un spectacle à sensations
ou plutôt comme un spectacle de la sensation.
Ce que donne à voir les uvres de Mik, ce
sont des états physiques et psychologiques plus
que des séquences ordonnées selon une
linéarité narrative. Entre le rire et
les larmes, la panique et labattement, limpassibilité
ou la surexcitation, ses personnages évoluent
dans lunivers clos, froid et factice dun
laboratoire ou dun studio de cinéma dont
la scénographie est réduite au strict
minimum. Ils sont immobiles ou faiblement animés.
Ils ne dialoguent pas. Ils vivent parallèlement
les uns par rapport aux autres. Ils doivent faire face
à toutes sortes de stimulis et leurs réactions
désordonnées sont volontairement contrastées.

Saut à lélastique (A Small
Group Falling, 1998), course en sac (Mob, 1998), explosions
(Swab, 1999), querelles de ferrailleurs(Garage, 1998),
lancers de pizzas en caoutchouc (Fluff, 1996), combat
de papis, filmé ou simulé au ralenti (Kitchen,
1997), voilà pour les situations les plus actives
Mais en général, les personnages errent
comme des somnambules devant la caméra. Parfois
Mik fait alterner situation dynamique et situation passive
: entre rock enflammé et slow déliquescent
(Territorium, 1999).
Très souvent il entretient lambiguïté.
Dans 3 Laughing and 4 Crying, 1998, par exemple, sept
personnages en tenue de sport, hommes et femmes, sont
assis sur une moquette confortable, les uns agités
par les spasmes du rire, les autre par des sanglots.
Difficile de distinguer qui fait quoi, tous jouant la
comédie et sefforçant dillustrer
circulairement le titre descriptif donné à
luvre, qui se décline bizarrement
comme celui, littéral, donné à
froid pour certaines natures mortes.
Dans Float, 1998, les personnages couchés
sont soulevés par un plancher élastique
animé par de violentes secousses. Il senvolent
et ils sécrasent dans des postures involontairement
grotesques. Comment réagit-on à un désordre
soudain ?
Comment appréhende-t-on la menace dun désordre
prévisible ?
Un dispositif de présentation simple
enserre en général les écrans des
vidéos, présentées en rétroprojection,
et reconstitue un espace semi-domestique où le
visiteur peut sasseoir sur un matelas ou un tapis
pour assister au spectacle, privé de son et dans
létat dapesanteur que procure le
visionnage des séquences montrées en boucle,
sans début ni fin.

À Kerguéhennec, Aernout Mik présente
Float, 1998, dont on vient de parler, et une oeuvre
monumentale, intitulée Lumber, 2000, composée
de cinq vidéo-projections synchronisées
incrustées sur le pourtour dun corridor
dont les parois en épis d1,80 m de hauteur
sont ajustées en courbes molles et dessinent
une sorte de cocon denviron 26 m de long et dune
largeur allant de 1 à 4 m. Après un dernier
étranglement, une salle ovoïde de 8 m de
long invitera le visiteur à contempler un spectacle
(sans vidéo)
soumis à dinfimes variations de forme
et déclairage.
Les cinq vidéoprojections synchronisées
évoquent le décor ravagé dun
camp de réfugiés ou celui non moins dévasté
dun festival de rock en plein air (on pense à
Woodstock) : entre loisir et survie pour reprendre
lexpression forgée par les artistes belges
Michel François et Ann-Veronica Janssens. La
caméra exécute un lent panoramique mais
les cinq écrans mis bout à bout ne reconstituent
pas le ruban du paysage. Le chaos ainsi organisé
contribue naturellement à la désorientation
du visiteur. Pas une action, pas un son.
Frédéric Paul
Linstallation
Lumber a été coréalisée
avec lICA (Institut of Contemporary Art), de Londres.
Aernout Mik est représenté par les
galeries Fons Welters, Amsterdam, et Gebauer, Berlin.
Le Domaine de Kerguéhennec est propriété
du Conseil général du Morbihan.
Les actions du centre dart contemporain, centre
culturel de rencontre sont subventionnées par
: le Conseil général du Morbihan, le Conseil
régional de Bretagne et le Ministère de
la culture, D.A.P., DRAC Bretagne.
Cette opération a été réalisée
avec laide exceptionnelle de la Fondation Mondriaan,
Amsterdam, de lAmbassade du Royaume des Pays-Bas,
Paris, le soutien technique de Philips-France, et la
complicité du Frac des Pays de la Loire, Nantes.
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