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exposition Hreinn Fridfinnsson

 



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photo : B . Mauras
Hreinn Fridfinnsson

exposition
7 avril - 2 juin 2002




En 1987, Friðfinnsson explique : " Si l'on veut simplement présenter une idée […], il est plus naturel de le faire avec une photo ou un texte. Après environ dix ans, je me suis dit que ça suffisait. Ce ne fut pas une décision consciente. J'ai éprouvé le besoin de construire plus physiquement avec des matériaux. […] C'est par hasard que le bois est […] devenu le matériau principal 1. " Cinq ou six années plus tard, voilà comment il présente le résultat : " J'ai d'abord eu plaisir à travailler ainsi, mais bientôt ce devint pénible et ces matériaux encombrants ont commencé à beaucoup m'ennuyer. J'avais essayé de travailler différemment. Je ne sais pas si j'exposerai jamais ou si je ferai quoi que ce soit de ces grandes choses. Ça forme aujourd'hui des tas poussiéreux dans l'atelier et c'est très bien ainsi. Il fallait simplement que je réponde au besoin de les fabriquer 2. " Jamais Friðfinnsson n'aura plus cette foi en l'objet, qui sans doute le conduisit plus jeune à refouler le paysage pour l'abstraction géométrique, plus " authentique " à ses yeux, plus conforme à son tout neuf désir d'art.

Pour simplifier les choses, trois phases caractérisent son parcours d'artiste. Les années 70, jalonnées principalement par des travaux textuels ou associant photo et texte. Les années 80, marquées par la tentation de la sculpture et de l'objet. Et les années 90, qui sont, disons, les années où ces deux formes tendent à se réconcilier, sculpture et photographie apparaissant par intermittence, et celles-ci souvent sans le soutien du texte. En vérité, il n'a jamais cessé d'être un paysagiste.

La fenêtre n'est pas un cadre comme les autres, c'est un cadre qui n'enferme pas, voué à être traversé. C'est une fenêtre qui figure en couverture d'un de ses plus importants catalogues. C'est une fenêtre qui lui offre le motif d'un de ses meilleurs autoportraits mystiques, 1978-79. C'est une fenêtre qui lui permet de rendre un hommage personnel à Marcel Duchamp. Une fenêtre encore, qui lui procure l'occasion de dialoguer avec les anges 1993. Une fenêtre, qui fournit le plus confortable point de vue sur la nuit, sur le paysage ou sur la pluie qui, certains jours, tombe verticalement, en gouttes multicolores et régulièrement espacées, devant chez lui.

Une porte enfoncée ouvre le catalogue de ses œuvres en 1965. 1972 : dans l'immensité sans arbre d'un tout petit pays, cinq grilles s'opposent inutilement contre le vent du sud et… le temps qui passe. Un grillage à poule forme un palais, en 1990, et un carton d'emballage, en 1992, le plus modeste des sanctuaires. L'architecture marque le paysage mais elle doit d'abord fournir un cadre de vie. Ce sont ces photos d'intérieurs, d'espace à vivre : l'appartement de l'artiste, en tout point comparable au vôtre… L'espace confiné s'oppose à l'espace illimité d'une île hostile et belle, placée tangentiellement sous le cercle polaire, comme une chemise ou un gilet pendus sur une corde à linge.
Les métaphores appartiennent à tout le monde. Il faut simplement savoir les débusquer et en trouver l'usage. A cet égard, l'art de Friðfinnsson n'est pas éclaboussant de nouveauté. Il ne consiste pas à forger des associations inédites. Il requiert plutôt la patience et l'acuité du guetteur. Si les œuvres sont rares, la production, économe, c'est parce qu'on est rarement récompensé lorsqu'on se tient à l'affût d'une étoile filante.

photo : B . Mauras
Hreinn Friðfinnsson
est un montreur d'images. Et tout son travail consiste à nous ouvrir les yeux sur des allégories naturelles. Et son œuvre a donc, à l'évidence, une dimension poétique. Pourtant si l'expression " poésie visuelle " vient naturellement à son propos, celle-ci n'apporte rien à la connaissance de son travail. L'artiste vit et travaille. Voilà ce qu'on peut en dire. Faut-il comprendre qu'il vit et travaille en alternance ? Ou au contraire : que le projet de vie se confond avec le projet artistique ? Chaque fois que j'ai eu Friðfinnsson au téléphone, il me confiait amicalement que tout lui semblait compliqué. (" Ça ne va pas mal. " " Ce n'est pas pire que la dernière fois. ") En fait, même à l'artiste, son œuvre paraît insurmontable. Comme s'il " vivait avec ", comme si son œuvre lui était une compagne indispensable mais encombrante. D'où sa rupture avec la sculpture, d'où la rareté de sa production. D'où vient encore la difficulté de documenter cette œuvre et peut-être de l'appréhender tout court. Ce qui, enfin, peut en expliquer la discrétion excessive. J'étais en effet un peu surpris lorsqu'il me demanda pour quelle raison je souhaitais le rencontrer quand je l'appelai la première fois. Friðfinnsson est d'une telle discrétion qu'il en oublie qu'on peut s'intéresser à son travail.

Un artiste comme lui ne semble pas avoir besoin d'un atelier, sinon pour se rappeler de temps à autre à sa condition de plasticien, et pour y stocker des œuvres, qui lui causeront de l'embarras - au sens propre et au figuré. (Imaginez Friðfinnsson au travail dans la rue, en voyage, ou dans son living room… le nez en l'air, plutôt que penché sur son ouvrage).

Son atelier était-il si encombré ? Avait-il tant accumulé - lui qui produit si peu ? La poussière en rendait-elle l'atmosphère irrespirable ? Récemment, il en a changé. Mais comme pour conserver la mythologie de cet endroit, pendant plusieurs années il y fit d'étranges prélèvements. Quand d'autres trompent leur désœuvrement en faisant des élevages de poussière, lui recueille des toiles d'araignées entre deux plaques de verre, et réalise ainsi des dessins délicatement ornés et déchiquetés qui ne vont pas sans évoquer certains paysages chinois. Plusieurs années durant Friðfinnsson s'est livré à cette insolite pratique, qui l'obligeait d'ailleurs à déserter son atelier pour… laisser œuvrer ses auxiliaires.

Quand, je lui confiai l'impression que son travail formait comme une boucle, des années 70 jusqu'à présent, Friðfinnsson, qui en fut d'accord, me répondit qu'il hésitait toutefois entre la boucle et la spirale… La boucle et la spirale sont tout à la fois des figures poétiques et mathématiques. Les poétiques ont donné naissance aux mathématiques et inversement.

Frédéric Paul


édition :

Hreinn FRIDFINNSSON
texte : Frédéric Paul
insert : Hreinn Friðfinnsson
17,5 × 23,5 cm,112 pp., 68 ill. coul.
éd. Domaine de Kerguéhennec, 2002
ISBN 2-906574-01-5
25€ (+3€ de port)

 

L'exposition réunit des travaux de 1972 à 2002.

Hreinn Friðfinnsson est représenté par la galerie Papillon-Fiat, à Paris.

Les pièces en verre ont été réalisées au Cirva. Elles sont présentées pour la première fois à Kerguéhennec.

Le Domaine de Kerguéhennec est subventionné par le Conseil général du Morbihan, le Conseil régional de Bretagne et le Ministère de la culture, D.A.P., DRAC Bretagne.