Le nom de Harrell Fletcher commence à être bien connu en Californie, à New York et dans le Morbihan intérieur, à Bignan, Saint-Allouestre et jusqu’à Saint-Jean Brévelay… Harrell est américain, il a été associé à de nombreuses expositions de groupes, notamment au SF MoMa, San Francisco, au Drawing Center, New York. Il est représenté à San Francisco et Los Angeles par la galerie Jack Hanley, et à New York par la galerie Christine Burgin. Il a participé à la Biennale du Whitney 2004. En 2002 il a créé avec l’artiste et cinéaste Miranda July le site Internet Learning to love you more. Entre-temps le film de son amie, Me and You and Everyone We Know [Moi, toi et tous les autres], Caméra d’or, Grand prix de la Semaine internationale de la Critique au Festival de Cannes 2005, a obtenu un succès planétaire et Harrell, lui, a résidé trois mois au Domaine de Kerguéhennec, ce qui a propulsé sa côte de popularité vers les sommets en Bretagne.
On a prend beaucoup de choses sur Harrell Fletcher en parcourant son site Internet : http://www.harrellfletcher.com . De là, on peut basculer sur Learning to Love You More http://www.learningtoloveyoumore.com, et oùl’on découvrira plus d’une cinquantaine de propositions d'interventions. De la première : « fabriquer un vêtement d’enfant à la taille adulte » ; à la 57e et dernière en date : « chanter en play-back une chanson de Garth Brooks », superstar de la musique Country and Western. Si l’on retourne sur le site de l’artiste, après la page d’accueil, où est juste reproduit un dessin représentant un jeune homme passant délicatement un bébé (tête en bas) à une femme, on constate qu’il est divisé en deux colonnes : celle des idées et celle des projets. Les « projets » sont déjà réalisés, et Fletcher travaille énormément. Les « idées » ressemblent aux missions proposées aux volontaires anonymes circulant sur l’autre site, mais elles sont plus personnelles, ce sont comme des mémos que l’artist e s’adresserait à lui-même. On peut y lire des choses à la portée de tous : « Déchirer une à une toutes les pages d’un magazine que je n’aime pas. » Des choses à la portée d’un nombre très limité de spécialistes : « Suggérer au Whitney que je sois le commissaire de la prochaine Biennale. » Des choses plus ou moins complexes que seul l’artiste peut réaliser lui-même : « À vendre dans une galerie, des rouleaux de pellicules non développées que j’ai déjà utilisées. Chaque bobine porterait sur des sujets différents. La personne qui utilise la pellicule peut tirer les images comme elle veut. » Ou : « À vendre dans une galerie, comme prestation : que je vienne chez les acheteurs et réalise une sculpture spécialement pour eux à partir de matériaux divers ramassés autour de leur maison. »
Quand j’ai proposé à Harrell Fletcher de venir en résidence à Kerguéhennec, j’ai eu droit à une liste de premières idées. Et quand il est venu la première fois, après deux jours sur place, il a établi un plan d’attaque d’une dizaine d’autres. Parmi celles-ci, les suivantes ont été menées à leur terme.
Harrell a ainsi réuni des groupes de randonneurs, de médecins, de banquiers, de musique et danse traditionnelles, de rameurs, de ravers, etc. et leur a demandé de choisir une sculpture dans le parc devant laquelle ils ont posé pour une photo en exprimant les motifs de leur choix et leur réaction face à l’œuvre concernée. Un calendrier sera publié avec le matériau collecté. « Pour les pompiers de la brigade de Locminé, la sculpture évoque leur métier, avec ses moments périlleux et d’autres plus calmes. Il y a une idée de hauteur également. Ils voient la sculpture comme un symbole du travail en équipe. Tout le monde a son propre rôle, mais c’est le travail en commun qui fait que cela fonctionne. »
Fletcher a recueilli les témoignages de promeneurs autour du lac, il les a compilés et en a fait la matière d’une gazette hyper-locale à « diffusion planétaire » intitulée les News of the Lakes. Le journal sera, pour commencer, distribué dans les salles pendant l’exposition.
Harrell Fletcher a sélectionné des passages du livre culte de son compatriote Henry David Thoreau (1817-1863), Walden ou la vie dans les bois, écrit lors d’une retraite de deux ans où l’écologiste avant la lettre ? et également auteur du très fameux essai La désobéissance civile, cherche dans la nature les moyens de sa subsistance. Les citations sont données à lire à des personnes rencontrées dans le parc. Une vidéo compile toutes ces interventions, la plupart empreinte de rêverie métaphysique, suivant la tonalité des fragments retenus dans le livre par l’artiste.
Une page a été créée sur le site internet du Domaine de Kerguéhennec pour demander aux surfeurs de proposer une sculpture : « Quelle sculpture aimeriez-vous voir dans le parc de sculptures ? Imaginez-la ! Elle pourra être dans le matériau de votre choix, elle pourra être exposée de façon permanente ou temporaire, être statique ou en mouvement. […] Soyez libres d'imaginer ce que vous souhaiteriez voir ou ce à quoi vous aimeriez être confronté dans le parc de sculptures. Au cours de l'année 2006, un de vos projets sera sélectionné et pourra être réalisé. » C’est le projet de Corentin Sénéchal, neuf ans, résidant à Bignan, qui a été sélectionné : une tortue géante « en or peinte en vert » [sic]. La sculpture, fruit de la collaboration entre l’enfant et l’artiste, sera dévoilée à l’occasion de l’exposition. Une nouvelle pièce incontournable pour le parc de sculptures !
L’exposition réunira également les premiers travaux de l’artiste, des carnets illustrés de photographies réalisés dès le début des années 90. L’un raconte une visite faite à une aïeule, un autre évoque une rupture douloureuse, un autre évoque un long voyage en voiture fait avec un camarade, un autre encore relate une fête. Quand on les décrit ainsi, ces livres semblent former la matière d’autant de films possibles. Même dans ces pièces les plus anciennes, Fletcher démontre un sens aigu de la distanciation qui lui permet de faire de l’universel avec de l’intime (comme si le matériau de sa propre vie était fictionnel). Cette aptitude, il ne la cultive pas du tout sur le plan formel, quand on voit de près ces livres uniques, on les trouve à la fois frustes et extrêmement sophistiqués. On peut y reconnaître l’influence du Lee Friedlander intimiste photographiant sa femme Maria. On pourrait même leur trouver un cousinage avec la position du cinéaste Alain Cavalier dans Le filmeur, si Fletcher ne s’effaçait pas derrière les événements avec l’exigence d’un documentariste aguerri.
Des dessins et des photos retouchées seront présentée ainsi qu’une sélection de vidéos engageant la participation d’artistes d’un jour dont on peut apprendre beaucoup, comme de cet adulte trisomique rejouant avec fougue un épisode crucial de Startrek, ou de ce garagiste, qu’a su rencontrer Fletcher, et qui rêvant depuis toujours de mettre en scène Ulysse de Joyce se voit proposer d’en tourner une adaptation vidéo dans son garage avec ses ouvriers pour acteurs, et à la clé une projection géante sur un mur dégagé jouxtant l’établissement pour le public du quartier.
Le travail de Fletcher est en effet fondé sur un puissant engagement social. Dans The Forbidden Zone, le héros handicapé auquel s’identifie l’acteur trisomique « veut aller sur la planète interdite où il pourra vivre dans l’illusion d’être redevenu “normal” ». Le film est irrésistiblement drôle et émouvant.
Dans sa première exposition « personnelle » new yorkaise, où j’ai eu la chance de découvrir Harrell Fletcher en 2003, chez Christine Burgin, l’artiste ne présentait d’œuvres personnelles que dans une arrière salle, derrière un rideau, sur deux petits moniteurs vidéos. La salle principale était entièrement consacrée aux œuvres d’autres artistes, d’un jour ou un peu plus… Le communiqué mis à la disposition du public, rédigé par Fletcher, était un modèle d’efficacité. Car la générosité est une vertu, évidemment, mais pas nécessairement une vertu artistique.
Une section de l’exposition de Kerguéhennec sera donc consacrée à d’autres invités de Harrell, mais celui-ci ne se verra pas proposer une arrière salle mais les deux bâtiments des écuries et de la bergerie. L’exposition new yorkaise s’intitulait Hello There Friends. Celle du Domaine de Kerguéhennec vient par hasard, je vous assure, après une exposition du centre d’art qui s’intitulait Chers amis. Pour ne rien gâcher, cette dernière succédait à une exposition de Richard Tuttle, or la seconde exposition de Fletcher chez Christine Burgin à New York prenait pour argument une liste imaginaire des lieux où l’artiste aurait rencontré Richard Tuttle à New York…
Une exposition personnelle de Harrell Fletcher est présentée simultanément à la galerie InSitu/Fabienne Leclerc, à Paris.
Un catalogue sera publié avec de nombreuses contributions dont celles de Chris Johanson, Miranda July, Allan McCollum…
Frédéric Paul.
contact presse, iconographie sur demande, voyage de presse :
Christine Lhériau 02 97 60 44 44, secretariat@art-kerguehennec.com
Et encore : Chers amis, jusqu’au 1er octobre, dans le château : avec Richard Artschwager* (USA), Silvia Bächli (CH), Glenn Brown (GB), Claude Closky (F), Didier Courbot (F), René Daniëls (NL), Hubert Duprat (F), Paul van der Eerden (NL), Harrell Fletcher* (USA), Hreinn Fridfinnsson (IS), Giuseppe Gabellone (I), Shirley Jaffe (USA), Jean François Maurige (F), Aernout Mik (NL), Beatriz Milhazes* (BR), Jonathan Monk (GB), Richard Monnier* (F), Ernesto Neto (BR), Roman Ondak (SK), Steven Pippin (GB), Benoit Plateus (B), David Shrigley (GB), Richard Tuttle (USA), Jacques Vieille (F), William Wegman* (USA).
Le Domaine de Kerguéhennec se trouve à 20 km au nord de Vannes en Bretagne. Propriété du département du Morbihan, il s’étend sur les 175 ha d’un parc inscrit, dessiné en 1872 par le paysagiste Denis Bühler (créateur, avec son frère, du parc de la Tête d’or, à Lyon, et des jardins du Thabor, à Rennes) autour d’une cour à l’ordonnance majestueuse, formée par un château et des communs commandés en 1710, classés monuments historiques.
Son parc de sculptures, rare spécimen français du genre, compte parmi les plus importants d’Europe. Créé à partir de 1986 à l’initiative du Ministère de la culture et du Frac Bretagne, il réunit une vingtaine d’œuvres d’artistes majeurs : Ian Hamilton Finlay, Toni Grand, Richard Long, François Morellet, Maria Nordman, Marta Pan, Giuseppe Penone, Markus Raetz, Jean-Pierre Raynaud, Ulrich Rückriem, etc. Une vaste campagne de restauration est engagée depuis 2001. Une commande de Richard Artschwager a été inaugurée en 2003. La même année une sculpture de Harald Klingelhöller a été revue puis réinstallée par l’artiste. Une œuvre de Hreinn Friðfinnsson sera implantée à l’automne 2006. Enfin Ernesto Neto, Steven Pippin, sollicités plus récemment, réfléchissent à d’autres propositions.
ouverture : 11-19h tous les jours sauf lundi
exposition bergerie/écurie : entrée libre
exposition château : 3 €, gratuit moins de 12 ans et, pour tous, le 1er samedi du mois
Le Domaine de Kerguéhennec est subventionné par le Conseil général du Morbihan,
le Conseil régional de Bretagne et le Ministère de la culture, D.A.P., DRAC Bretagne.
HARRELL FLETCHER
hfletcher@earthlink.net
www.harrellfletcher.com
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