Sanna Kannisto
19 avril - 15 juin 2008

Julien Prévieux
19 avril - 15 juin 2008


exposition en cours/prochaine exposition/ archives  

Déplacement (S. Kannisto)
Les photographies de Sanna Kannisto sont trop belles pour être honnêtes. La séduction qu’elles dégagent est vénéneuse. Elle vous attire, puis elle vous oppresse, et elle est d’autant plus insidieuse qu’un soubassement didactique semble toujours lui prêter main forte. Ses images seraient-elles aussi intéressantes si elles ne présentaient, en effet, cette évidente connotation scientifique ? Une beauté ignorante serait d’une niaiserie insupportable. Or justement la science ne peut s’en tenir aux apparences. À la beauté, elle ajoute une part de mystère. Mais que se tient-il ici derrière les apparences ?
Les images se voudraient frontales, mais ce sont des montages, des collages, des images-pièges dans lesquelles n’entre pourtant aucune manipulation photographique. Se penchant sur le théâtre de la nature, c’est le théâtre qui intéresse Kannisto : la façon dont un détail prend une autre vie sous l’éclairage artificiel, la scénographie qu’elle construit à partir d’éléments scrupuleusement sélectionnés, la reconstitution librement interprétée des conditions d’observation en laboratoire ou la scénographie inhérente aux laboratoires eux-mêmes — lesquels, pour tout néophyte, renferment des trésors d’arrangements biscornus.
« J’adopte diverses approches, perspectives et attitudes dans mon travail, déclare-t-elle. J’emprunte des procédés de représentation et des méthodes de travail propres aux sciences naturelles, à l’anthropologie ou à l’archéologie, et je les applique à mon travail photographique. Ma démarche a été marquée par l’Art Conceptuel, où des méthodes quasi-scientifiques ont été utilisées. Il y a aussi des liens avec la tradition de la nature-morte dans la peinture des XVI et XVIIe s, un rapport aussi avec le Romantisme et ses clichés. Mon travail se déplace entre réalité et fiction. »
De ses voyages au Costa Rica, en Guyane, au Brésil et au Pérou, Sanna Kannisto ne rapporte pas des photos de paysages. Même si elle le voulait, la forêt primaire, qui motive ses déplacements, ne lui laisserait pas assez de recul. Les seules images qui peuvent entrer dans cette catégorie interdite ont été prises dans des zones entamées par le feu destructeur, et ces paysages sont alors désolés comme des champs de batailles. La plupart du temps, Kannisto se replie dans les stations d’observations naturalistes où elle est entourée de véritables scientifiques qui doivent se demander pourquoi elle les a rejoints dans cet enfer vert. Là, elle explore à la fois la faune et la flore endémiques, et les laboratoires de recherches qui la surprennent autant que nous et qu’elle veut saisir tels quels, les installations bancales qu’elle y trouve se donnant comme une représentation tangible et fidèle de la pensée en marche du chercheur, derrière lequel, comme on le sait depuis Lévi-Strauss, se tient toujours un bricoleur.
Quand elle ne s’émerveille pas de l’ingéniosité pratique de ses compagnons d’expéditions (leurs véritables découvertes scientifiques sont incompréhensibles, pour elle comme pour nous, c’est toute la différence avec leurs trouvailles qui sautent aux yeux !), Sanna Kannisto construit ses propres outils d’observation. La flore et la faune se trouve alors reconditionnées dans de petits théâtres où la lumière, qui est nécessaire à la photographie, est aussi considérée par « analogie avec la connaissance », comme l’artiste le dit elle même.

Frédéric Paul

Sanna Kannisto est née en 1974 en Finlande. Elle a étudié à l’Université d’art et de design d’Helsinki où elle vit et travaille en alternance avec l’Amérique du Sud. Ses plus récentes expositions ont eu lieu à la MCNN/ARKO de Nevers (en duo avec Paul-Armand Gette) et au Fotomuseum de Winterthur. Des œuvres de Sanna Kannisto ont déjà été présentées en Morbihan à La Gacilly dans le cadre du 1er Festival international de la Photo Nature et Paysage, 2004.
Sanna Kannisto est représentée par la galerie La Ferronnerie, Paris, qui lui consacre une exposition personnelle du 16 avril au 31 mai et sur le site de laquelle est présenté un aperçu de son travail http://www.galerielaferronnerie.fr  Elle participe également à l’exposition De Natura, Sanna Kannisto –Ilka Halso, 2 avril – 13 juillet 2008, présentée au CPIF, Pontault-Combault, et au Domaine de Rentilly.

http://www.sannakannisto.com .

 

Comment - No Comment (J. Prévieux)
Il faut être « gonflé » ou à court d’idées pour projeter sa première rétrospective à trente-trois ans. L’artiste et écrivain belge Marcel Mariën, parvenu à un âge certain, publia une carte de visite sur laquelle figurait son nom et la mention « vieillard débutant ». Julien Prévieux prendrait-il son patronyme au pied de la lettre ? Alors pourquoi une rétrospective ? L’heure du repli sur soi n’est pourtant pas venue. Alors, s’agit-il vraiment d’une rétrospective ? Non, pas encore. Surtout pas. Le repli s’assortit trop souvent d’une glose interminable. Or c’est plutôt un feu d’artifices de digressions que l’artiste se donne pour but d’allumer. Il ne s’agira donc pas d’une rétrospective, mais d’une rétrospective augmentée : d’un grand déballage où l’on trouvera, mêlés aux œuvres existantes, des commentaires en forme d’œuvres parasites, comme si le commentaire se nourrissait de la substance sur lequel il s’est fixé — mais tous les critiques vous diront le contraire ! Les livres d’or attirent trop souvent l’attention du public au détriment des expositions qu’ils accompagnent. En avez-vous lu ? À les en croire, le monde serait définitivement partagé entre les grincheux et les convertis. Entre ces deux blocs, Prévieux glisse une exposition dans l’exposition.

Voici sa note d’intention :
« Chaque pièce choisie dans le répertoire existant est l’occasion d’une production spécifique qui vient augmenter, perturber, commenter l'œuvre déjà réalisée.
Cascades d’œuvres se répondant les unes aux autres dans un style le plus "pynchonnien" possible, jouer l’ajout de couches successives, d’accumulation et de saturation. Association d’ambiguïtés, de sous-entendus, flot de signes : une expo-cerveau qui vient bloquer l’hémisphère gauche.
Exposer tout ce qui a été réalisé jusqu’à maintenant dans une grande non-rétrospective : remettre les productions passées sur le terrain de l'expérimentation et réactiver certaines pistes laissées de côté jusqu'à maintenant.
Ménager dans l'espace d'exposition des zones de densité très/trop fortes et des zones de pause, des zones de déplacement creuses, zones de transition. » J.P.

Et voici, presque au hasard, les titres de quelques œuvres existantes de Prévieux, vidéos, photos, sculptures, dessins, diaporamas, objets, correspondances, installations ou diffuseur… d’hélices :

- Roulades
- Glissement
- What shall we do next ?
- F.A.Q.
[Foire aux questions]
- Lesson One
- La somme
de toutes
les peurs

- Post-post-production
- Where is
my mind ?

- Comments
- Gestion
des stock

Prévieux s’est déjà taillé une réputation d’expert en non-motivation (cf. biographie suivante), pourquoi n’avoir pas pensé plus tôt à une non-rétrospective ? Et qui osera soutenir qu’on n’était pas prévenu ?!

Frédéric Paul.

Julien Prévieux est né en 1974. Il a été vice-champion de France de skate-board Freestyle en 1992. Il est titulaire d’une maîtrise de biologie et diplômé des beaux-arts de Grenoble, Marseille et Paris. Son travail a été récemment présenté à la 10e Biennale d’Istanbul, au San Francisco Art Institute, au Plateau-Frac Île-de-France et au Kunsthaus de Dresde. Il vient de publier Lettres de non-motivation, éditions Zones/La Découverte, Paris en 2007. Il exposera en octobre 2008 à la synagogue de Delme.
Il est représenté par la galerie Jousse entreprise, Paris.
En savoir plus : www.previeux.net / www.jousse-entreprise.com