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Déjà mis en présence au Domaine de Kerguéhennec, au printemps 2004 avec 15 autres artistes, pour l’exposition Le Proche et le Lointain, Roman Ondák et Didier Courbot se retrouveront à l’automne pour une double exposition distribuée dans les deux bâtiments du centre d’art. Des salles monographiques alterneront avec d’autres, plus vastes, où seront organisés des vis à vis.
Car de nombreuses affinités existent entre l’artiste slovaque et le français, qui pourtant ne se connaissaient pas. Ondák et Courbot partagent en effet des préoccupations et la préparation de cette exposition a mis à jour avec une évidence de plus en plus manifeste que leurs pratiques suivent des protocoles et des approches d’une étonnante proximité. Les rapports dialectiques : amateur/professionnel, individu/société, vernaculaire/monumental, familier/étranger, les thématiques récurrentes du voyage et de la mémoire et les relations que celles-ci entretiennent étroitement, le principe de délégation, le souci d’étendre le champ d’intervention de l’artiste selon des formes renouvelées, en même temps qu’une certaine modestie, qui se manifeste par l’association fréquente des deux artistes avec des non-professionnels.
Une convergence subtile qui ne permet toutefois pas de confondre les deux artistes. Quand Ondák demande, par exemple, à des proches de le représenter par le dessin dans des circonstances qu’il leur décrit précisément, Courbot compose lui-même le portrait de ses amis, et il y met toute la subjectivité de son affection, tout ce qui leur connaît de particulier : les livres, les films et les musiques, des aliments, des boissons, des vêtements, des objets, des matières et des couleurs préférés. Il y a une dimension généraliste chez Ondák et une dimension intimiste chez Courbot. De la distance chez l’un, de l’impatience chez l’autre, et une fine analyse des situations partout. Quand un magazine japonais commande un projet à Didier Courbot, celui-ci demande à son cousin de 9 ans de faire des photos pour lui, il l’accompagne mais il se laisse guider dans la petite ville du Nord où il vivait au même âge et il n’influence aucunement le choix des sujets et de la prise de vue. Quand Ondák circule à Stockholm, à Utrecht, à Venise, à Paris ou ailleurs, il est seul mais il fait provision d’impressions à partager avec ses voisins et amis de Bratislava, qui lui renverront ensuite ses souvenirs tels qu’ils se les imaginent.
Frédéric Paul.
1. Roman Ondák
né en 1966 à Zilina (Tchécoslovaquie), vit et travaille à Bratislava (Slovaquie)
Le point de départ du travail de Roman Ondák est souvent le voyage ou le non-voyage. En 2000, il réalise Antinomads, un ensemble de douze cartes postales qui représentent ses amis qui ont en commun de ne pas vouloir voyager. (Alexandra Gillet.) « La série de dessins, Untitled Journey, 2003, dit l’artiste, m’a été inspirée par un long voyage que j’ai fait en train, pendant onze heures. Le fait de rester pendant si longtemps dans le train vous oblige à trouver une manière d’habiter cet espace temporel, qui est une sorte de ‘pièce mouvante’, dans laquelle non seulement le paysage change derrière la fenêtre, mais parallèlement les situations dans le train, avec les allées et venues des passagers qui entrent et quittent le lieu. J’ai décrit l’intérieur du wagon et moi-même dans cet espace de la même façon à différentes personnes et je leur ai demandé de dessiner ces situations. Dans chaque dessin la situation semble statique, je suis assis avec une autre personne. Toute la dynamique est créée à la fois par le processus du récit — raconter cette histoire à une personne puis à une autre — et par l’espace de ce train qui représente le mouvement. » (Roman Ondák.)
Roman Ondák est représenté par la galerie & : gb agency, à Paris. Il a récemment participé à l’exposition Densité + — 0, à l’Énsba et sa première exposition personnelle en institution a été présentée à l’été 2004 au Kunstverein de Cologne. Une monographie vient de paraître aux éditions Walter Koenig, Cologne.
2. Didier Courbot.
né en 1967 à Hazebrouck (Nord), vit et travaille à Paris
Si la notion de paysage est prégnante dans le travail de Didier Courbot, elle s’énonce avant tout par la transformation des modalités d’appréhension de son environnement. Dans la série needs, l’artiste effectue, à partir d’une déambulation dans des espaces urbains, des gestes simples, banals ou insolites : il répare un banc ou un trottoir, arrose une mauvaise herbe qui émerge du bitume, plante des fleurs, aménage un rond point… Cette attention du regard portée sur un environnement quotidien, mais souvent indifférent, créée un glissement du statut de la ville. S’approprier l’espace public comme on cultive son jardin. De l’observation naît des actions poétiques, drôles ou généreuses, et une conscience aiguë de l’usager. « Je ne cherche pas à parasiter la ville, dit l’artiste, mais plutôt à la rendre viable, imaginer une ombre où se reposer, proposer un lieu de contemplation. Des actions dérisoires, vouées à l’échec, je le sais. J’aimerais réaliser des choses plus pérennes. Faire par exemple ce que les jardiniers s’interdisent : un jardin où puisse intervenir le doute. » (Alexandra Gillet.)
Didier Courbot est représenté par la galerie Nelson, Paris. Il vient de réaliser l’aménagement d’une place à Annecy au titre de la commande publique. Un livre sur ce projet est publié aux éd. Cent Pages. La plupart de ses œuvres seront inédites ou ont été mises au point à l’occasion de l’exposition.
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