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exposition
26 janvier - 24 mars 2002
Silvia Bächli est née en Suisse en
1956. Elle partage son temps entre Bâle, Paris
et, depuis 1993, Karlsruhe où elle enseigne.
Son travail se manifeste principalement par le dessin.
Il a fait lobjet dimportantes expositions
personnelles en Allemagne et en Suisse (Kunsthalle et
Musée dart moderne de Bâle, Kunsthalle
de Berne, Centre dart contemporain et Musée
dart et dhistoire de Genève, etc.)
et il est documenté par de nombreuses publications.
Représenté à Paris par la galerie
Nelson, depuis 1997, année où la très
sélective revue Parkett (« petit musée
et grande bibliothèque sur lart contemporain
») lui consacre un insert, il reste cependant
méconnu en France.
Luvre de Silvia Bächli obéit
à une discipline quotidienne. Chaque jour, généralement
de 11 à 14h, elle sassoit à sa table
de travail et produit une grande quantité de
dessins. En début daprès-midi elle
marque une pause, puis elle regarde ses dessins de la
veille, constitue des piles et en écarte la majorité.
Le reste de laprès-midi, la plupart du
temps, se passe en promenades. (Mais, déambuler,
il faut le reconnaître, fait partie, sinon de
son travail, du moins de lentraînement qui
lui est nécessaire.) Et puis parfois, le soir,
elle dessine à nouveau. Ce calendrier, bien sûr,
peut supporter des exceptions. Celles, notamment, qui
sont dues aux voyages.
Pour la première visite que je lui rendis
à Paris, lartiste menvoya un mot
: « Si vous sortez du métro, il y a une
seule rue qui monte. Vous la suivez , il y a à
gauche un cimetière et après 3-5 minutes
vous arriverez à un croisement de 5 rues. Ma
rue est celle qui est entre les deux bars. Le n°
15, cest la deuxième porte à droite.
Il ny a pas de sonnette, mais la cuisine est directement
derrière la porte
frappez s.v.p. »
Lespace ne soffre jamais comme un «
cadeau du ciel », chez Silvia Bächli. Et
la promenade est avant tout nécessaire et reconstituante,
comme lui sont nécessaires les repères
trouvés en chemin. Pas de repères sans
promenade et pas de promenade sans repères. Voilà
pourquoi ses dessins peuvent être assimilés
aux pages détachées dun carnet de
bord.
Mais, enfin, pourquoi citer cette feuille de route ?
Parce que quand je la relis à froid, son impeccable
précision topographique révèle
quelque chose dessentiel dans le travail de lartiste
: suggérant alors limage dune circulation
à travers les signes et à travers le temps
: entre espace intime et espace extérieur. Circulation
dune extrême fluidité mais toujours
réfléchie. Circulation aléatoire
mais toujours parfaitement contrôlée. Glaner
des repères à lextérieur,
en effet, les emporter chez soi, les transformer
comme la ville incorpore des arbres et dautres
végétaux dornements pour se rendre
supportable ; ou, au contraire, déplacer
des éléments de lespace privé
vers la neutralité de la page blanche ou du mur
blanc ; ces deux méthodes, pourtant opposées
dans leur orientation, coexistent dans le travail de
Silvia Bächli.

Quels sont donc ces signes qui jalonnent luvre
de Silvia Bächli ? Des vêtements, des entrelacs,
des plans, des rayonnages, des objets domestiques, des
fleurs, des branchages, des réseaux de courbes
ou de droites tracées à main levée,
de sommaires et parfois dinapparentes représentations,
des vues dintérieurs, des visages, des
yeux, des membres, des corps féminins
parfois
des textes et presque toujours des fragments. Il ny
a guère que les textes qui sont complets.
Mais alors comment se règlent (ensemble) la longueur
du texte, la taille des lettres et le format de la feuille
? Comment, noir sur blanc, tout cela forme-t-il un tout
? Un bloc de texte qui forme un bloc de sens dune
dimension précise ! Comment en effet assigner
une dimension à une pensée ? Comment se
fait-il que le texte perde de son intensité une
fois reproduit typographiquement ? Comment le texte
se fait-il dessin ou comment le dessin devient-il texte
? Car le phénomène, même sil
évoque irrésistiblement le cadrage serré
et raffiné dune photo maniériste,
ne peut se résumer à un harmonieux équilibre
entre pleins et déliés : quil sagisse
de texte, donc, à loccasion, ou, plus souvent,
de ces dessins faits du motif unique dun bras
ou dune jambe repliés, ou encore dune
longue mèche de cheveux parcourant de part en
part la fenêtre de la feuille de papier.
Un signe suffit par dessin en général.
Et ce signe, comme un mot, pourra donner lieu à
de multiples réemplois. Doù la tentation
dassocier les dessins entre eux, de les donner
à voir au mur en des arrangements hétéroclites
mais agencés avec une extrême méticulosité
(comme des mots forment des phrases).
«
La façon dont je place mes dessins, écrit
Silvia Bächli, forme la troisième étape
dans le processus de ce travail. Dabord, je produis
des dessins chaque jour et je les glisse dans un carton,
en évitant de juger sils sont bons ou mauvais.
La deuxième étape correspond au moment
où je jette beaucoup de ces dessins et nen
garde que quelques uns. A la fin, au cours de la troisième
étape, et généralement en ayant
un lieu spécifique en tête, jessaie
de les disposer en fonction des relations quils
peuvent avoir entre eux. Chacun dentre eux est
un son. Chaque tonalité a une intensité,
une couleur, une attitude, une extension, une clarté,
un poids particulier. Les pauses et les espaces intermédiaires
ont exactement la même importance. Chaque dessin
dégage un espace qui lui est propre autour de
lui un champ de forces. Un dessin doit trouver
sa bonne distance entre deux autres. Ce sont des amis,
des relations, des associés, des représentants
de commerce assommants, des couples damoureux,
des jumeaux, des paresseux, des solitaires. Chaque dessin
constitue un point de repère dans un réseau
de relations. Il ny a pas de centre dans ce réseau.
Jessaie de trouver un équilibre dérangeant
dans ces espaces. »
Cat. Selections Winter95, Drawing Center, New
York,1995, texte traduit de langlais.
Au Domaine de Kerguéhennec seront réunis
des travaux de 1990 à 2001. Des photographies,
des sérigraphies et une sculpture élargiront
le vaste ensemble de dessins (suites ou dessins indépendants)
présentés au mur et à plat sur
des tables.
Frédéric Paul
Silvia Bächli est représentée par
la galerie Nelson, à Paris, la galerie Barbara
Gross, à Münich, Vera Munro, à Hambourg,
Erika Friedrich, à Bâle, et Karlheinz Meyer,
à Karlsruhe.

Un catalogue a été publié au printemps
2002 en coédition avec le Frac Haute-Normandie
(exposition à Sotteville-lès-Rouen, du
19 janvier au 10 mars 2002) et le Musée dart
moderne et contemporain de Strasbourg (exposition du
24 mai au 8 septembre 2002).
Silvia
BÄCHLI : 26 x 20,5 cm, 96 pages,
41 illustrations
couleurs
textes
: Marc Donnadieu, Frédéric Paul, Fabrice Hergott
prix : 15€ (bon
de commande)
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