Béatriz Milhazes
5 octobre - 7 décembre 2003
vernissage samedi 4 octobre

 



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o popularL'œuvre de l'artiste brésilienne Beatriz Milhazes est d'une trompeuse simplicité. Un regard inattentif n'en retiendra que les caractéristiques superficielles. Son exubérance graphique et chromatique, notamment, la crudité de ses motifs floraux et le caractère hypnotique de ses arabesques la classeront alors dans le genre décoratif. Or ce genre est nettement déconsidéré, juste bon pour la mode vestimentaire ou pour un certain design marqué Pop ou revival des années soixante-dix ! Les fleurettes, on nous l'a assez dit, c'est pour les midinettes ou pour les intérieurs bobo ! L'ornement s'assimile toujours en effet à une forme rapportée sur la structure, à quelque chose en plus, d'inessentiel, donc. De l'art cistercien au Minimalisme en passant par la haine que lui vouait l'architecte Adolf Loos, aucune chance n'est laissée à la ligne courbe quand celle-ci devient proliférante. Matisse et bien d'autres avant lui ou après lui, n'étaient-ils donc que des énergumènes ? des exceptions sur l'autoroute de l'histoire de l'art ?

Beatriz Milhazes, mais aussi des artistes comme Arturo Herrera, Chris Ofili, Udomsak Krisanamis, Lily van der Stocker, Polly Apfelbaum, Paul Morrison, Jim Isermann, John Tremblay… apportent chacun aujourd'hui une pertinente réponse personnelle à ce débat et témoignent des réactions vives et fécondes opposées à la puissance supposée toute " suprématiste " de l'Art Concret d'abord (et de son abstraction géométrique " froide "), puis de son avatar minimaliste, et enfin des nombreux avatars du Minimalisme lui-même.

L'œuvre de Beatriz Milhazes est par la prolifération même de ses sources et de ses motifs d'une étonnantecomplexité. Entre le fixé sous verre et la décalcomanie, la technique mise au point par l'artiste en dit long sur le caractère réfléchi de sa démarche. Chaque motif, chaque couleur posés sur la toile y sont en vérité reportés par encollage successifs de détails préalablement peints sur des feuilles de plastique transparent que l'artiste positionne et assemble avec une extrême précision avant de les fixer, de les imbriquer définitivement à la totalité en expansion que représente le tableau. Transférée d'une surface lisse à une autre surface plane, la trace de la main s'en trouve ainsi presque annulée. La touche est inexistante. Faite de nombreuses superpositions, la matière picturale ne présente cependant aucune épaisseur. Le travail du tableau se fait donc par accumulation de couches de couleur mais aussi par accumulation de motifs, surtout floraux et, c'est une de ses particularités, l'artiste s'étant constitué une collection de " poncifs ", ceux-ci peuvent réapparaître d'une toile à l'autre à l'identique mais dans des tonalités différentes. Une sélection de ces poncifs sur papier calque sera présentée pour la première fois en exposition afin de montrer comment fonctionne le travail conceptuellement. Les détails peints sur plastique, avant report n'ont en revanche pas lieu d'être montrés même s'ils montrent les " recettes " techniques de cette œuvre ; recettes qui sont évidemment indémêlables de la démarche créative de l'artiste au fond.

Beatriz Milhazes est née en 1960 à Rio, où elle vit toujours, ville-continent dont les quartiers où la topographie inspirent les titres de certains tableaux. L'influence exercée par la musique brésilienne est aussi très nettement revendiquée dans le livre d'artiste Coisa Linda [Something Beautiful], qu'elle a créé pour le Museum of Modern Art de New York en 2002, et où alternent des planches carastéritiques de son travail et des pages reproduisant les paroles de chanson de Gilberto Gil, Antônio Carlos Jobim, Vinicius de Moraes... pour ne citer que les auteurs les plus connus. Son atelier sans fenêtre mais juste doté de volets se trouve tout près du magnifique jardin botanique, qui compte comme une des collections les plus remarquables, où l'artiste aime à se promener mais où elle ne va cependant pas puiser d'après nature le modèle de ses guirlandes de fleurs. Sa volubilité est mentale. Les motifs qu'elle utilise, fleurs, cœurs, pendeloques, étoiles appartiennent, pour les plus simples, au répertoire " naïf " mais si dégourdi du dessin d'enfant, des artistes amateurs, de tous ceux qui ne savent pas dessiner mais à qui la rosace ne fait pas trop peur !

Ses œuvres figurent dans de nombreuses collections publiques étrangères. À New York, par exemple, elle est une des rares artistes de sa génération à avoir des tableaux majeurs dans les collections du Museum of Modern Art, au Guggenheim, et au Metropolitan.
Elle a participé à l'exposition Urgent Painting, présentée au Musée d'art moderne de la ville de Paris, en 2002 ; elle est l'une des deux représentantes du pavillon Brésilien de la 50e Biennale de Venise.

Première dans une institution française, l'exposition du Domaine de Kerguéhennec réunira une douzaine de ses tableaux de grands formats en provenance du Carnegie Museum of Art de Pittsburgh, et de collections privées du Portugal, des États-Unis, de Grèce et du Royaume-Uni, ainsi que la totalité de son œuvre imprimé réalisé sous les presses de l'atelier Durham Press, en Pennsylvanie.

 

 

 

 

 


le livre à paraître

comportera un entretien de l'artiste avec le couturier Christian Lacroix, un essai de Simon Wallis, chargé de programmation à l'I.C.A. (Institute of Contemporary Art), Londres et une introduction de Frédéric Paul.


Beatriz Milhazes à Kerguéhennec

L'artiste sera en résidence tout le mois de septembre au Domaine de Kerguéhennec.

Frédéric Paul


Beatriz Milhazes est représentée par les galeries Stephen Friedman, à Londres, Max Hetzler, à Berlin (que nous remercions particulièrement pour leur précieuse coopération), ainsi que par les galeries Fortes Vilaça, São Paulo et James Cohan, à New York. Les galeries Nathalie Obadia, à Paris, Pedro Cera, à Lisbonne, et Elba Benítez, à Madrid, l'exposent régulièrement.

Ce projet reçoit le soutien exceptionnel de
LA MAISON DES AMERIQUES LATINES, voyages culturels,www.maisondesameriqueslatines.com.

De haut en bas :O popular, Cosia linda, Tempo de vérão, As tulipas, reproduites avec l'aimable autorisation de la Galerie stephen Friedman, Londres