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Après
l'acquisition du Domaine de Kerguéhennec par
le Conseil général du Morbihan en 1972,
le Fonds régional d'art contemporain Bretagne
a été à l'origine de la conversion
du Domaine vers l'art contemporain. Le parc de sculptures,
par ses nombreux dépôts, témoigne
largement de cet épisode historique.
L'exposition Gratture, Biffure & Incisure
inaugure une nouvelle collaboration entre le centre
d'art contemporain et le Frac. Ce nouveau cycle fera
alterner projet thématique et présentation
d'acquisitions récentes, au rythme d'au moins
une exposition par an.
Le titre de l'exposition de printemps emprunte aux artistes
François Morellet et Léa Lublin
mais l'exposition réunira d'autres coups de griffes.
A
mesure que le choix des uvres ici réunies
se précisait, une idée générale,
un trait commun s'est en effet imposé : cette
question de la trace, du repentir, de la déprédation
volontaire
Grafiti chez Brassaï, marqueterie
chez Duprat, compression et ligatures chez Hantaï,
tronçonnage chez Knoebel, repeint chez
Lavier, caviardage chez Léa Lublin,
reprise énergique de fragment d'architecture
chez Matta-Clark, asticotages divers et variés
de la géométrie chez Morellet,
collision chez Pinaud, labourage appliqué
de la matière picturale, parcourue de sillons
réguliers, chez Soulages, scarification
chez Tal-Coat, déchirure et quasi dépècement
de la surface colorée chez Villeglé,
et, bien sûr, coup de rasoir ou perforation de
la toile chez Lucio Fontana, figure emblématique
ici représentée par un hommage de Ian
Wallace, parti à la recherche des restes
de l'atelier du fameux artiste italien.
L'acte créateur est un acte passionnel, même
s'il est parfois programmé et exécuté
à froid. Bien d'autres exemples peuvent être
cités pour attester de cette coïncidence
stridente, dans l'acte de création, des deux
versants des passions : positif et négatif, épreuve
et contre-épreuve. Ceci pour nous rappeler qu'une
uvre doit toujours porter, en elle et contre elle,
les germes de la subversion.
Chacune
des uvres présentées dans cette
exposition recouvre, prise séparément,
une étendue expérimentale beaucoup plus
vaste. Et loin de vouloir les aligner sur un propos
thématique restrictif, la ligne de conduite,
qui s'est imposée d'elle-même, a permis
des rapprochements et voisinages surprenants d'artistes
de générations et d'inspirations différentes.
Gratture, Biffure & Incisure sont donc à
considérer, non sans malice, comme les trois
protagonistes d'une aventure que l'exposition a la charge
de raconter et dont les développements sont encore
imprévisibles
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