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L'uvre
de Closky,
né en 1963 à Paris, prolifère du
dessin au livre d'artiste, du collage à la photographie,
de la vidéo au signal audio, de l'affiche au
papier peint, du site Internet au diaporama, de l'intervention
dans la presse au briquet jetable
Elle peut s'interpréter
comme une théorie subjective de l'information
et des médias, mais elle relève avant
tout de deux principes contraires : l'ellipse et l'accumulation.
En 1995 déjà, un de ses entretiens s'intitulait
Ma petite entreprise. Depuis, l'entreprise Closky
a conservé une taille artisanale mais elle a
intégré les fonctions d'une agence de
communication efficace.
L'exposition
de Kerguéhennec fonctionnera à deux niveaux
: compilation et expérimentation. Elle rassemblera
en effet un nombre important d'uvres existantes
sélectionnées sur une période étendue.
Mais de nombreux inédits seront au rendez-vous
et de nouveaux travaux seront produits pour l'occasion.
Fractal,
2002
Pour
les deux espaces d'exposition très
différents de Kerguéhennec, l'un très
intime et l'autre vaste, c'est le choix de la dissémination
qui s'est imposé. Les uvres de Closky s'enchaînent
en effet dans la réalité avec une étonnante
diversité. Aussi, contre tout " pur-et-durisme
" affecté, des uvres dissociables
appartenant à de même séries seront
dispersées ici et là pour créer
des rappels et pour semer la confusion.
L'ensemble
oscillera entre les deux extrêmes
que forment la crudité documentaire et le sublime
de pacotille. À l'instar de deux séries
photographiques. L'une, qui n'existe encore qu'à
l'état de projet, représentant des billets
de banque mis en piles suffisamment aérées
pour permettre de faire le compte de la fortune ainsi
accumulée. (De 300 à 3 000 €, la
série comptera une cinquantaine d'images uniques,
les piles les plus épaisses ne faisant pas nécessairement
les plus grosses fortunes !) L'autre, réalisée
entre 2000 et 2001, dont une partie ne fut présentée
qu'une fois seulement en Suisse, consiste en des vues
de guirlandes de Noël d'une impeccable beauté
et elle témoigne avec une certaine ironie des
tribulations de l'artiste au pays de la " photographie
plasticienne " la plus léchée.
Hello
& Welcome,
2000

Les
Euros,
2002-2003
Pour
réaliser la première série d'images,
la difficulté tient à mettre de l'argent
liquide de côté, quitte à en emprunter,
alors que le billet de banque, toiletté de neuf
au passage à l'euro, devient un moyen de paiement
de jour en jour plus archaïque (même si le
champ de transaction de la monnaie s'est considérablement
étendu). Pour la seconde série, Closky
est parti à la chasse aux ornements les plus
désuets dans les rues de Paris et ses banlieues.
L'histoire ne dit pas si ce fut par une belle nuit de
Noël qu'il travailla ainsi sur le motif. On en
doute un peu. On savait Closky passionné par
le principe de variation, il a trouvé dans ces
guirlandes une uniformité confondante. Faites
pour décorer, mais sorties du contexte de la
rue, elles confèrent à ces images une
splendeur tapageuse tout en étant d'une économie
radicale qui ne va pas sans rappeler certaines grilles
minimales dont l'artiste s'inspira au début de
sa carrière de soliste, c'est à dire au
tournant des années 80 et 90. Les titres de ces
images étincelantes : Ivry, Arcueil,
Paris-Bastille, etc. transforment les noms de
villes ou de quartiers en autant de références
différentes du même catalogue de luminaires
festifs. Paris n'en devient plus qu'un quartier de Gentilly
! Par opposition à ces illuminations urbaines
plutôt austères, il n'aura pas échappé
à qui a traversé la France en voiture
cet hiver que l'illumination pavillonnaire est un créneau
à prendre.
La
ville et sa culture
sont dominantes chez Closky, comme chez la plupart de
ses contemporains. Pourtant les représentations
agrestes ne sont pas absentes de son travail. Elles
ont seulement l'apparence de l'irréalité.
La campagne ou les espaces naturels y sont en effet
comme des lieux de vacances, de tournages ou comme le
laboratoire d'un inventaire des espèces domestiques.
Cette vision parfois nostalgique et souvent spectaculaire
fournira la matière d'un troisième volet
de l'exposition, dont l'argument a été
fourni par les séries Match de foot entre
amis, 1998, et Pique-nique à Sully-sur-Loire,
2000. Ces collages rehaussés de quelques traits
de stylo à bille ne pouvaient trouver meilleur
cadre qu'au Domaine de Kerguéhennec où,
aux beaux-jours, pour l'agrément des visiteurs,
la restauration légère est servie en terrasse,
où la pratique du jeu de ballon est tolérée
pour les jeunes enfants, où les autres activités
sportives sont autorisées " si elles ne
troublent pas la jouissance paisible de la promenade
"
mais où l'escalade des sculptures
est sévèrement sanctionnée. (La
pêche n'est pas autorisée dans le bassin.
Une licence à jour est obligatoire pour l'étang.)
Ivry,
200-2001
À
l'occasion de cet événement important,
une nouvelle monographie sera publiée
sous la direction artistique de Closky, qui a élaboré
une maquette se rapprochant du modèle de l'hebdomadaire
d'information (par opposition au standard du magazine
de mode, déjà expérimenté
dans sa première monographie).
Abondamment illustré, le livre alternera notices
sur des uvres sélectionnées et essais
thématiques sur des aspects plus généraux
du travail de l'artiste : 1. l'imagerie du bonheur et
la séduction des images publicitaires ; 2. l'économie
et son habillage rassurant dans les médias ;
3. la vie quotidienne et ses représentations
idéalisées ; 4. le récit de fiction
; 5. la démarche d'intellection ou de décryptage
des données : signes et informations ; 6. la
répétition, l'accumulation...
Ces différentes rubriques se veulent complémentaires
mais aussi transversales. Leur découpage ne les
rend pas étanches, ce que l'iconographie tentera
de mettre en évidence.
Feu
d'artifice,
2001
Cet
ouvrage bilingue d'environ deux cents pages comportera
des textes de Lynne Cooke, directrice de la Dia Foundation,
et David Platzker, directeur de la librairie spécialisée
Printed Matter, tous deux new- yorkais ; ainsi que des
essais des auteurs français suivants : Alexandra
Midal, historienne du Design, Carole Boulbès,
critique, spécialiste de Picabia, François
Piron, critique et commissaire d'expositions, Eric Troncy,
co-directeur du centre d'art Le Consortium, Dijon, et
Frédéric Paul.
Frédéric
Paul
Publication
en coédition avec le centre d'art Le Parvis,
Ibos (Tarbes).
Claude Closky est représenté par les galeries
suivantes : Jennifer Flay, à Paris, Edward Mitterrand,
à Genève, Chouakri-Brahms, à Berlin.
Diaporama de l' exposition
Nouveau,
1997 ; Les cousins, 1998
photos
© Claude Closky et Joséphine de Bère
Courtesy gallerie Jennifer Flay, Paris.
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