|
L'exposition
personnelle de
l'artiste réunira principalement des travaux
très récents : tableaux, Photosculptures
et Hairsculptures, réalisés entre 1999
et 2002. Elle comptera également une sélection
de pièces historiques exceptionnelles, des sculptures
principalement, sollicitées auprès de
diverses collections privées ou publiques américaines
ou européennes (le Centre Pompidou et la collection
Froehlich, de Stuttgart, notamment) et qui agiront comme
autant de jalons indispensables pour appréhender
l'uvre d'Artschwager sinon dans son entièreté,
du moins dans sa complexité.
Les
récentes rétrospectives consacrées
à l'artiste qui ont été présentées
à Londres, à Nuremberg et à Vienne
ou plus récemment encore à Winterthur
n'ont donc pas fait étape en France. Le Domaine
de Kerguéhennec n'a ni l'ambition ni la vocation
de combler cette lacune mais l'esquisse d'une perspective
historique n'en a pas moins été jugé
nécessaire, d'autant que les dernières
expositions personnelles importantes présentées
dans notre pays remontent à 1988 (rétrospective
au Centre Pompidou) et 1994 (Fondation Cartier).
Chair, 1965 - 2000
L'uvre
de Richard Artschwager présente une grande
unité, renforcée par une forte singularité
formelle.
Les
sculptures sont sans aucun doute les uvres les
plus emblématiques. Je ne les évoquerai
pas dans ce court exposé. L'ensemble des uvres
récentes réunies à Kerguéhennec
révèle une attirance persistante de l'artiste
pour des images de sources très éclectiques
qui est moins connue.
Pour
les Photosculptures, série dont les premiers
prototypes remontent à 1965 et qui sera finalisée
en 2002 seulement, l'artiste photographie frontalement
des chaises existantes (vides ou occupées) sous
toutes leurs faces : de face, de dos, des deux côtés
et de dessus. Puis il s'inspire de la chaise pour produire
un volume simplifié à une échelle
légèrement supérieure. Enfin il
fixe sur les faces de ce volume minimaliste les clichés
à l'échelle 1 de la chaise et de son occupant
éventuel. Le résultat est absurde. Il
allie l'hyperréalisme photographique à
la réduction formelle minimaliste et condamne
l'objet prétexte à la perspective cavalière.
Haltestelle,
2001
Les
Hairsculptures ont dans le corpus d'Artschwager
pour origine les Blps des années 60 et les séries
de signes de ponctuation sur lesquelles a travaillé
l'artiste dans les années 80 et 90. Il s'agit
encore d'uvres directement liées à
des images existantes, soit des " académies
" en quelque sorte ou des extrapolations faites
à partir de photos de presse. Les Hairsculptures
peuvent être visionnaires dans les deux sens du
termes : fantasmagoriques et anticipatrices. L'une d'entre
elles, non des moindres, présente dans l'atelier
de l'artiste à l'état d'esquisse lorsque
je lui rendis une première visite, figure en
effet une silhouette d'homme chutant dans le vide et
elle ne peut manquer d'évoquer la catastrophe
du 11 septembre, surtout si l'on se souvient des tableaux
d'immeubles en démolition peints par l'artiste
dans les années 70.
Les
tableaux récents ont une iconographie extrêmement
diversifiée. Toutes sortes d'images sont compilées
par l'artiste, des plus triviales aux plus idylliques.
Parmi celles sélectionnées se trouvent
deux portrait de groupe étrangement proche dans
leur composition : Seated Group, de 1962, et
Closure, de 2002. L'amplitude de l'exposition
sera donc de 40 ans. On notera aussi un tableau intitulé
Excursion, de 2002, qui représente une
patrouille dans un décor semi désertique
Liebespaar
(Lovers), 1998
Le
livre à paraître
reflètera les choix de l'exposition mais il documentera
en outre la commande publique et ses différentes
phases de conception et de réalisation. Il s'agira
du troisième volume de la collection du Domaine
de Kerguéhennec, dans laquelle ont été
publiés en 2003 les ouvrages consacrés
à David Shrigley et Hreinn Friðfinnsson.
Il comportera un essai de Jean-Christophe Ammann, un
autre de Patrick Javault et un entretien avec
l'artiste par Frédéric Paul.
Un
autre projet éditorial sera mis en chantier prochainement
concernant plus spécifiquement les Notebooks
de Richard Artschwager.
Frédéric
Paul
Escursion,
2002
Richard
Artschwager est représenté à Londres
et New York par la galerie Gagosian, que nous remercions
pour sa précieuse coopération.
©
photos : galerie Gagossian
|